Thailande : Accompagnement psychosocial
Bulletin n°82 - Décembre 2005

Le Docteur Srivieng Pairojkul, pédiatre de l'Université de Khon Kaen, travaille depuis janvier 2005 avec son équipe dans la province de Ranong au sud de la Thaïlande, afin d'apporter une aide psychologique et un soutien social aux enfants touchés par le Tsunami. Depuis juin, Enfants&Développement soutient cette initiative, partant du principe que les blessures invisibles sont parfois les plus profondes.Constat et portraits d'enfants.

Kaewarin était une petite fille de sept ans, pleine de joie de vivre, la benjamine de la famille. Elle habitait près de la plage car ses parents étaient pêcheurs et allait à l'école de Banpookaotong. Quand le tsunami a frappé, tout a été détruit. Sa mère, sa sour, son grand-père et ses amis sont morts. Kaewarin vit aujourd'hui avec son père mais elle se sent toujours seule et triste : sa mère lui manque et elle revoit souvent dans sa tête les images du raz de marée. Lorsqu'on lui demande ce qui a changé depuis le tsunami elle répond qu'avant elle était heureuse et vivait avec sa mère. Aujourd'hui, sont seul souhait est d'avoir une poupée, une jupe et une chemise.

Les survivants de catastrophes naturelles endurent des souffrances psychologiques qu'il est impératif de soigner, non seulement pour des raisons médicales mais aussi, afin de rétablir un équilibre au sein des communautés. L'étude menée par le Dr. Pairojkul pour l'UNICEF en janvier-février 2005, montre que les réactions observées chez les survivants ont rarement été extrêmes. Mais les cauchemars, les phobies d'un nouveau tsunami et autres symptômes de troubles psychologiques, sont très répandus.

Les enfants sont les plus vulnérables et souffrent de symptômes spécifiques: désordre alimentaire, trouble du sommeil, angoisse de la séparation physique, irritabilité et pleurs... Ils sont de plus davantage exposés aux risques d'abus ou de négligence dans ce contexte fragilisé par la crise, où les familles et les communautés ont été ébranlées et ne peuvent plus jouer leur rôle protecteur naturel. La plupart d'entre eux retrouveront une vie et un comportement normal lorsqu'un environnement stable sera rétabli. Cependant, certains enfants ont besoin d'un suivi spécialisé pour apaiser leur souffrance.

Dans le cadre du projet, chacun de ces enfants bénéficie d'un suivi régulier en alternance par deux jeunes « volontaires référentes » issues de la communauté. Leur tâche est de suivre l'évolution de l'enfant en collaboration avec sa famille et ses enseignants, afin de l'aider à surmonter les conséquences psychologiques du tsunami. Suivie par Malina et Suda, Kaewarin devient petit à petit plus joyeuse depuis qu'elle participe aux activités de dessin et de chant du projet.

Au-delà de ce suivi individualisé, des activités ont été mises en place dans 14 écoles (4000 enfants au total) avec pour but de créer à l'école un environnement propice au développement de l'enfant et à sa protection. 28 enseignantes et 10 jeunes volontaires ont été initiées aux besoins psychosociaux liés aux traumatismes des enfants et ont suivi des ateliers de « préparation au désastre » afin de renforcer l'environnement scolaire.

En parallèle, le projet ouvre au renforcement du système de protection de l'enfance au niveau de la province en apportant un soutien à la conception et la mise en ouvre de projets pilote, comme des centres d'accueil d'urgence ou la planification stratégique de long terme.

En plus de Kaewarin, l'équipe du Docteur Srivieng Pairojkul a recensé dans 13 villages, 200 enfants de 1 à 18 ans en situation difficile : voici l'histoire de deux d'entre eux.

Vitsanu Bamroong

Avant le Tsunami, Vitsanu vivait avec sa mère et sa demi-sour cadette, Baifern, issue du remariage de sa mère. Ses parents ont divorcé quand il avait deux mois. Sa mère travaillait dur : elle pêchait et rentrait souvent tard à la maison. Le tsunami a détruit sa maison et tué sa mère. Vitsanu et sa soeur vivent désormais avec leur grand-mère maternelle qui est âgée et n'a pas les moyens de les élever. Lorsque le projet les a pris en charge, tous deux étaient tristes et découragés. Baifern souffrait de traumatismes et de dépression. Vitsanu, lui, se montrait insensible au monde extérieur. Depuis qu'ils participent aux activités du projet, Vitsanu et Baifern se sentent mieux et communiquent davantage.

Kanchana Talang

Kanchana, surnommée « Cha », a 14 ans. Avant le tsunami, elle étudiait à l'école de Damrongsatwittaya et sa vie était simple. Elle était la fille unique d'un pêcheur. Son père était séropositif et sa mère une travailleuse assidue. Le 26 décembre 2004, sa mère, son père et sa grand-mère sont morts par le Tsunami. Elle vit actuellement avec son grand-père qui s'est récemment remarié à une jeune fille.

Depuis le tsunami, Cha souffre de peurs récurrentes et de tristesse. Elle n'a plus personne sur qui compter ni « ancrer sa vie ». Elle s'est refermée et a adopté des comportements imprudents. Elle ne comprend plus le sens de ses études, puisque la vie a perdu toute joie, toute signification. Quelques changements sont apparus depuis que les volontaires du projet sont entrés dans sa vie. Ils lui apportent conseils et encouragement.

 

 

 

 

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Sommaire du n°82

>Editorial
>Cambodge : Campagne contre le trafic d'enfants
>Vietnam : D'un enfant à un autre


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