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Cambodge : Accompagnement familial en milieu périurbain Bulletin n°79 - Mars 2005 Combattre la grande pauvreté dans la ville de Phnom Penh, tel est le nouvel objectif que s'est fixé Enfants&développement au Cambodge, dans le cadre de son projet d'accompagnement familial en milieu périurbain. Sa cible ? 5 000 familles de squatters expulsées du centre-ville par la municipalité et re-localisées dans les espaces inoccupés de la lointaine banlieue de la capitale. En mai et juin derniers, une enquête à permis de mieux connaître leurs conditions de vie et les contraintes spécifiques auxquelles sont confrontées les populations déplacées. A Anlung Kagan, Trapaing Raing, Toulrokakoh, Anlung Kong, ou encore Toulsambo, zones de re-localisation choisies par la municipalité, la plupart des familles vivent dans des abris de fortune. Le niveau de revenu y est inférieur à 0,5$/jour par personne et, pour faire face à l'urgence (accident, maladie) ou simplement pour survivre au jour le jour, beaucoup doivent s'endetter : faute de pouvoir rembourser, ils se trouvent à la merci des usuriers. Car le travail est rare sur la zone : le taux de chômage - exacerbé par l'éloignement du centre - dépasse 50%. Ceux qui travaillent sont conducteurs de moto-taxi, cyclo-pousse, vendeurs ambulants ou journaliers sur les chantiers. Exercés dans la capitale, ces petits boulots leur assurent un salaire d'autant plus dérisoire qu'une grande partie de l'argent gagné part dans les coûts de transport. D'origine rurale, les anciens squatters sont cependant imprégnés d'une véritable « culture urbaine » et n'éprouvent nul désir de retour vers des professions agricoles pour lesquelles la majorité d'entre eux ne possède d'ailleurs plus les compétences nécessaires. Beaucoup sont ainsi tentés de repartir vers Phnom Penh, d'où ils sont à nouveau immanquablement expulsés, s'enfonçant un peu plus dans la précarité. Ces abandons mettent en lumière le peu de connaissance qu'ont les anciens squatters de leurs droits. Peu savent que, pour ceux qui ont eu la chance de recevoir des parcelles de la municipalité, la re-localisation, au-delà des contraintes qu'elle implique, leur offre aussi l'opportunité de voir leur situation se régulariser. Leur titre d'allocation provisoire stipule en effet qu'ils peuvent devenir propriétaires de leur lopin de terre moyennant 5 ans d'occupation continue. Permettre aux populations re-localisées de profiter de cette possibilité est l'un des enjeux du projet « Périurbain » mis en place par Enfants&Développement. Pour cela, les familles doivent être convenablement informées, mais aussi et surtout reprendre confiance en l'avenir. Comment éviter en effet l'abandon ou la revente des terrains aux spéculateurs immobiliers si les familles ne croient pas en la possibilité de s'établir sur la zone dans des conditions décentes ? L'intervention en milieu périurbain n'est pas sans demander une certaine souplesse. Aux problèmes urbains « classiques » (alcool, drogue, violence, prostitution, jeu) s'ajoutent les contraintes propres aux zones de re-localisation, qui influent à la fois sur les besoins des familles et les réponses qui y sont apportées. L'accompagnement familial ( cf. encadré ), qui s'appuie avant tout sur les femmes, paraît bien adapté à ces zones dont la plupart se vident de leurs hommes pour la journée. Toutefois, afin de ne pas exclure ces derniers de la démarche, une partie des rencontres avec les travailleurs sociaux a lieu le soir. Une autre particularité du milieu est l'importance de la classe d'âge des 15-25 ans par rapport aux plus jeunes, qui s'explique par le fait que les jeunes couples, plus vulnérables, sont souvent déjà partis avec leurs enfants. Peu qualifiés, ces jeunes passent la journée sur les zones de délocalisation car leur famille ne dispose pas d'un revenu suffisant pour leur permettre d'aller en ville trouver un emploi. Adultes de demain, ils constituent une cible privilégiée pour la formation professionnelle et un véritable enjeu dans le processus de sédentarisation des familles. Prendre en compte les spécificités et les exigences du milieu (horaires des visites, prise en charge du transport pour la formation professionnelle.) est le défi lancé aujourd'hui aux équipes du projet. Une adaptation nécessaire afin de répondre au mieux aux besoins des populations périurbaines et leur permettre d'envisager des perspectives d'avenir plus souriantes sur leur nouveau lieu de vie. Cela fait aujourd'hui un an que le projet a débuté sur le terrain. Comme toute action sociale, sa mise en ouvre est longue mais le bilan global de la première année est très positif. Les cinq grands axes de travail pour lutter contre la grande pauvreté ont été amorcés avec des résultats encourageants : 200 familles sont actuellement suivies par les travailleurs sociaux, 2 centres préscolaires accueillant environ 175 enfants sont déjà en place, 150 éducateurs pairs ont été formés (méthode l'enfant pour l'enfant), 43 jeunes ont bénéficié de bourses à la formation professionnelle et 281 familles ont eu droit à un prêt au démarrage d'activité. Les bases du projet sont maintenant bien posées et reconnues par les communautés. L'année qui vient sera déterminante pour favoriser une réelle sédentarisation des populations avec une amélioration de leur qualité de vie.
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