Viet Nam : Enquête à Si Ma Cai
Bulletin n°78 - Décembre 2004

Dans les 3 communes du District de Si Ma Caï où Enfants&Développement conduit un projet de Développement Global de l'Enfant, une enquête de terrain a été conduite pendant l'été pour recueillir des données statistiques qui permettront de mieux connaître les habitudes et pratiques locales relatives à la grossesse, la naissance et le développement du jeune enfant.

Au fil de l'enquête, des différences notables liées à l'appartenance ethnique sont apparues dans les pratiques. Les villages ciblés regroupent pas moins de 5 ethnies différentes, chacune avec sa langue, son mode d'habitat, son mode de production, ses croyances et ses traditions .

« Les enfants sont comme les poulets ; on les nourrit, on les laisse courir et on va les aider s'ils se querellent ou se battent ». Ces propos d'une femme âgée soulignent l'intérêt que représente l'enquête menée pendant les mois d'août et de septembre dans 4 villages de 4 communes du District de Si Ma Cai auprès de 291 familles dans le cadre du projet qui vise à améliorer l'environnement physique, cognitif et psychosocial du jeune enfant.

Entretiens individuels, discussions de groupes et visites médicales ont permis de rassembler des informations sur les connaissances, croyances culturelles et pratiques courantes des différentes ethnies sur tous les sujets de la vie courante, sur la santé, la nutrition, l'éducation ou l'affection portée aux enfants.

Pour les acteurs institutionnels locaux et notre équipe vietnamienne E&D, pratiquement tous issus de l'ethnie majoritaire Kinh, ces deux mois furent une découverte très motivante du milieu dans lequel le projet allait se dérouler.

En santé nous retrouvons les mêmes problèmes qu'ailleurs (diarrhées, malnutrition, IRA, plus importantes en raison de l'altitude et du climat, anémies, infections ophtalmologiques et dermato-logiques).

En nutrition, si l'allaitement pendant la première année de vie est répandu chez toutes les ethnies, les coutumes diffèrent pour les compléments alimentaires : les Nungs donnent aux enfants du riz en poudre dès le quatrième mois, mais pas de légumes soupçonnés de provoquer des maux de ventre. Chez les H'mongs en revanche, les enfants sont allaités le plus longtemps possible et peuvent ensuite manger de tout, à l'exception des épices, des oufs et de la viande (pas avant l'âge d'un an), qui sont sensés provoquer des diarrhées.

Ces différences de régime alimentaire influent sur la santé. Le taux de malnutrition chronique est ainsi plus élevé parmi les enfants H'mongs (63.7% d'enfants malnutris chroniques, contre 57.9% chez les Thu Lao et 51.2% chez les Nungs).

Les villageois ont peu recours aux centres de santé. Les ethnies, dans ce domaine, se comportent différemment.

Ainsi, 21,8% des femmes H'mongs, se rendent dans des centres de santé, contre 47,6% de femmes Nung. 20 à 35% des enfants ne sont pas vaccinés. Les notions d'hygiène, de santé et de nutrition sont inexistantes. Il faudra donc envisager la formation et le renforcement de réseaux d'accoucheuses traditionnelles et d'agents de santé pour améliorer la situation sanitaire dans les villages.

L'enquête a relevé, par ailleurs, une réticence générale à parler de la grossesse et à lui reconnaître des besoins spécifiques. De plus, les agents de santé villageois, sont souvent des hommes, pour la plupart peu enclins à aborder les problématiques de la grossesse et des soins aux jeunes enfants. Dans les foyers, le besoin d'attention, de soins et d'interaction indispensables au bon développement de l'enfant passe naturellement après les efforts fournis par la famille pour assurer sa survie.

Dans le domaine de l'éducation, la plupart des parents interrogés disent y accorder une grande importance, mais les écoles sont très irrégulièrement fréquentées, au gré des saisons agricoles et des festivals de village.

Par ailleurs, la discrimination sexuelle est nette : Les familles plus pauvres font un effort pour envoyer les garçons à l'école, mais pas les filles.
Le taux d'abandon scolaire est très élevé, en raison de la distance et de l'insuffisance des infrastructures scolaires.

La barrière linguistique joue aussi un rôle (56,3% des enfants entre 5 et 18 ans ne comprennent pas le vietnamien, langue d'ensei-gnement ; seuls 14% le parlent couramment).

Apprendre, c'est aussi acquérir tout un ensemble de capacités qui serviront à l'enfant dans sa vie future. Le milieu dans lequel évolue les jeunes enfants, même dans les familles les plus pauvres, est plein de ressources, souvent négligées, qui méritent d'être mises en valeur. Ces communautés commencent à prendre conscience que les seuls talents d'agriculteurs seront de moins en moins suffisants pour assurer la subsistance d'une famille. Les enfants devront plus tard être polyvalents et recourir à des stratégies de subsistance plus variées : dans cette perspective, le rôle de l'éducation est primordial.

 

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Népal : Une nouvelle maison pour les enfants des rues

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