LE PROFESSIONNALISME, UN GAIN D'EFFICACITE
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A l'instar des ONG oeuvrant dans le champ de l'aide au développement,
devenue aujourd'hui une discipline à part entière, E&D
a adapté progressivement ses méthodes d'intervention à
l'évolution des contextes locaux, comme aux exigences des financeurs.
Les jeunes volontaires motivés, dynamiques, compétents
techniquement partaient avec l'enthousiasme des premiers engagements
prêts à travailler dans des conditions difficiles, pour
vivre pleinement pendant quelques années une expérience
humanitaire enrichissante. Ils ont progressivement été
remplacés par une nouvelle génération de professionnels
du développement qui a vu le jour au Nord comme au Sud. Il s'agit
maintenant de chefs d'équipe expatriés aux compétences
polyvalentes : responsables d'équipes locales importantes, gestionnaires
administratifs et financiers, expérimentés dans la mise
en place d'actions de développement pérennes, aptes à
représenter l'association auprès des autorités
locales et des bailleurs de fonds implantés localement.
Quant aux hommes et femmes qui constituent maintenant les équipes
locales d'Enfants&Développement, ils ont fait le choix de
travailler avec nous, non plus, comme souvent au début, pour
le salaire que pouvait offrir une ONG occidentale mais pour participer
au développement de leur pays. On retrouve chez eux l'engagement
et la motivation des premiers volontaires expatriés qu'ils ont
maintenant remplacés.
De leur côté, les bailleurs de fonds privés comme
publics, sont devenus plus rigoureux, plus exigeants. Les grandes entreprises
se dotent de fondations pour le mécénat et les donateurs
particuliers agissent en " public averti ". Le nombre de dossiers/rapports
a considérablement augmenté et les comptes sont audités
par un commissaire aux comptes. L'Union Européenne a mis en place
des outils de suivi du cycle de projet qui permettent de connaître
l'avancée de chaque projet d'après des indicateurs quantitatifs
et qualitatifs précis.
Tout ceci demande bien évidemment un travail rigoureux mais plus
important.
D'autres contraintes sont venues s'ajouter car les financeurs institutionnels
exigent des ONG qu'elles apportent un pourcentage du budget en fonds
propres... collectés directement auprès des particuliers,
de Fondations ou d'entreprises. D'autre part, les organismes comme l'Union
Européenne, ne financent qu'à concurrence de 7% nos frais
administratifs.
E&D, pour sa part, peut afficher un taux d'affectation directe
aux projets de 90% des fonds récoltés, 8% étant
consacrés aux frais administratifs et 2% au recueil de fonds
privés. Ceci grâce à un nombre de salariés
limités au siège, grâce également à
l'aide de bénévoles et de stagiaires en communication
et collecte de fonds privés. Par principe, E&D s'interdit
de dépenser l'argent des donateurs pour en rechercher de nouveaux.
Les appels à la générosité du public (campagnes
de collecte de fonds et techniques de marketing direct) sont en effet
trop coûteux, à moins de pouvoir obtenir des prestations
gratuites. C'est donc auprès d'entreprises sensibles à
la qualité de ses projets et de son engagement qu'E&D cherche
à mettre en place des partenariats Entreprises solidaires/ONG
afin d'atteindre le pourcentage de fonds privés indispensables
pour obtenir les fonds publics.
Quant aux particuliers, nous ne venons pas ajouter à la sur sollicitation
que subissent les " donateurs potentiels ", et ceux qui nous
soutiennent semblent nous être reconnaissants de cette discrétion.
RESTER SOUPLE, SAVOIR ADAPTER ET EVOLUER
Si le professionnalisme du secteur du développement a engendré
des contraintes salutaires pour les associations qui jouent le jeu de
la transparence et bénéficient en retour d'une solide
confiance de la part de ses financeurs, il existait un risque réel
de tomber dans une bureaucratie excessive, faisant perdre aux associations
leur souplesse, leur capacité d'adaptation et surtout leur dimension
humaine.
Sur le terrain, l'évolution des contextes, des capacités
humaines locales a tout naturellement conduit à un ajustement
permanent de notre travail pour le plus grand bénéfice
des actions menées. Cette nécessaire adaptation est bien
comprise et même appréciée par les financeurs publics.
Avec les années, nos domaines d'interventions et de compétences
se situent en : Soins de Santé Primaire, Développement
global de la Petite Enfance, Enfants en circonstances difficiles en
milieu urbain et semi rural, Action sociale et lutte contre la violence
et l'exclusion, Développement communautaire ou développement
intégré en milieu urbain et rural. Ces thématiques
ont fait l'objet de manière permanente de Recherche/Action de
la part de nos consultants techniques expatriés en liaison avec
nos partenaires, nos équipes locales et les bénéficiaires.
Tous ont beaucoup contribué au fil des années à
la qualité d'actions adaptées au contexte.
SAVOIR FAIRE DES CHOIX POUR SAUVEGARDER SON
INDEPENDANCE ET SES VALEURS
Pour rester indépendant, E&D a fait le choix en 2002 de
reprendre son autonomie en quittant l'Alliance Internationale Save the
Children dont elle était le membre français.
E&D souhaitait pouvoir continuer à intervenir là où
elle le souhaitait en toute liberté et à défendre
les Droits de l'Enfant comme elle l'entendait, c'est-à-dire concrètement
sur le terrain.
Des choix : discrétion, rigueur, économie de moyens (veiller
au coût/efficacité des actions) indépendance d'esprit
et d'action.
IMPLIQUER LES COMMUNAUTES BENEFICIAIRES ET LES PARTENAIRES
LOCAUX, UN GAGE DE PERENNITE
Si l'on compare aux premières années, le rôle d'E&D
aujourd'hui s'est totalement transformé. Nous servons avant tout
de lien entre les différents acteurs, (partenaires, autorités
locales, communautés) et de catalyseur pour la mise en uvre
du projet. Le reste est accompagnement, conseil, appui, formation.
Dès la conception d'un projet, les bénéficiaires
et partenaires locaux sont associés à la définition
des besoins qui donneront naissance au nouveau projet.
C'est la seule façon d'identifier les besoins à la source,
et de s'assurer de l'adhésion des pouvoirs publics et des populations
aux solutions proposées à ces problèmes.
Souvent marginalisées par leur précarité matérielle
et leur détresse psychologique, les communautés auxquelles
s'adresse E&D ont avant tout besoin de trouver confiance en leurs
propres capacités pour arriver à se prendre en charge.
L'éducation des bénéficiaires joue un rôle
majeur dans ce processus.
C'est pour eux une lente transformation des mentalités qui s'opère.
L'appropriation des transformations par les bénéficiaires
sera un gage de pérennité
A cet effet, l'engagement sur la durée constitue une notion
essentielle dont malheureusement les financeurs, pressés d'obtenir
des résultats, mesurent mal l'importance, alors qu'il nous apparaît
vital d'y faire face.
FAVORISER L'EMERGENCE DE LA SOCIETE CIVILE
L'appui ou le renforcement technique des services de l'Etat (ex : santé,
éducation) a longtemps été notre mode d'intervention,
dans des pays où le régime communiste, n'offrait pas d'autre
choix puisqu'il n'était laissé aucune liberté d'initiative
aux communautés locales. Ce système avait son avantage
puisqu'il assurait de lui-même le transfert de compétence
aux fonctionnaires en poste et assurait donc la pérennité
de l'action.
Aujourd'hui lorsque ces régimes se sont légèrement
assouplis, au Viet Nam et plus encore au Cambodge, la participation
de la société civile à son propre développement,
non seulement multiplie les résultats mais allège la charge
de l'Etat.
Dans les dernières années E&D a ainsi favorisé
et accompagné la création d'ONG locales issues de ses
projets au Cambodge : Sovann Phoum et Krousar Yoeung Leurs équipes
en avaient manifesté la volonté. Si techniquement cette
autonomie est acquise, l'autonomie financière reste le prochain
challenge.
Au Népal, le projet de protection et de réinsertion des
enfants des rues de Katmandou conduit par l'ONG népalaise Voice
of Children est le fruit d'une heureuse rencontre qui a débouché
sur un partenariat constructif.