Le Népal, deux ans après…
Bulletin n°75 - Septembre 2003

Deux ans après son départ, Annick Pérot, fondatrice du projet
de "Protection et réinsertion des enfants des rues de Katmandou", retourne au Népal et nous fait part de ses impressions.

Dès les premiers jours à Katmandou, je me suis rendue compte à quel point la situation politique et économique avait concrètement changé la vie de mes amis. L'un avait déménagé et vivait désormais dans une toute petite pièce avec sa femme et ses deux enfants, car il ne pouvait plus payer le loyer précédent, les prix ayant augmenté de façon considérable… Un autre encore, guide de haute montagne, n'avait plus travail, les touristes ayant déserté le Népal pour d'autres pays moins dangereux… Une amie, enfin, me racontait la désertion systématique des villages aux mains des Maoïstes et l'errance de familles entières cherchant refuge ailleurs…

Le Népal a toujours été classé parmi les PMA (les Pays les Moins Avancés). Mais lorsque je suis partie il y a deux ans, la majorité des Népalais arrivait, bon an mal an, à s'en sortir. Aujourd'hui, la différence est très nette : ceux qui y parvenait tout juste à vivre essaient maintenant de survivre. Le sentiment d'insécurité et de suspicion fait que chacun se méfie de son voisin (est-il ou non maoïste ?) et les relations entre Népalais en souffrent. Dans la rue aussi, la situation s'est fortement dégradée : beaucoup de filles y vivent désormais, presque tous les enfants sniffent de la colle très forte et beaucoup parmi les grands ont commencé à consommer de la drogue dure.

Avec Krishna Thapa (le Directeur de VOC ) nous avons discuté avec de très nombreux enfants des rues et nous avons mis en place des séances d'éducation et de sensibilisation dans notre centre d'écoute et d'urgence (Bisaune) pour avertir les enfants des dangers des différentes drogues "en vogue".

Quant au projet lui-même, je dois dire que j'ai été réellement impressionnée par les résultats atteints par l'équipe népalaise. Les différents programmes "tournent" bien malgré la tourmente environnante, l'équipe s'investit, et les enfants arrivent à retrouver un second souffle de vie. Les histoires comme celles de Naran (voir encadré) sont une leçon d'espoir pour tous.

Annick Pérot

 

Naran a aujourd'hui 15 ans et vit dans la maison des grands enfants depuis 3 ans. Lorsque nous l'avons connu il y a 5 ans, il vivait dans la rue depuis l'âge de 8 ans. Il y était l'un des plus enraciné, l'un des plus durs; le leader de son groupe. Mais c'était également l'un des plus meurtris : outre les problèmes familiaux qui l'avaient poussé dans la rue, il avait été sexuellement abusé par un pédophile étranger, et fumait du hachisch. Naran constituait un vrai cas d'école.

Nous discutions souvent avec lui et lui avions fait visiter nos foyers mais il nous riait au nez, disant qu'il ne voulait pas perdre sa liberté. C'est lorsque nous avons commencé à " accompagner " sa mère, âgée, malade et mendiante, que les choses se sont débloquées et qu'il a fini par accepter d'être hébergé dans un de nos foyers. Pourtant, nous doutions qu'il arrive à y rester.

Nous nous sommes trompés : non seulement Naran est encore là, mais il est devenu un exemple pour tous les autres enfants par ses progrès à l'école et son intégration. Ses qualités de leader l'ont récemment amené à organiser un spectacle pour la " Journée des professeurs ", auquel il a fait participer tous les enfants et même les éducateurs. L'ayant personnellement connu dans la rue, j'ose penser que c'est un véritable miracle de le retrouver ainsi…


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>Editorial
>Cambodge : réinventer la relation parent-enfant
>Cambodge : la série TV Krousar
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