" Un bon enfant doit aider ses parents. Il ne riposte pas. Il sait
écouter les conseils et demande toujours l'opinion de sa mère
avant de faire quelque chose. " Ce commentaire d'un jeune couple
résume bien l'état d'esprit général des
parents au Cambodge, en ce qui concerne l'éducation : pour être
aimé et accepté, l'enfant doit se conformer à ce
que ses parents attendent de lui.
Les parents sont les premiers acteurs
du développement de leurs enfants.
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Cette conception des relations parents/enfants laisse
alors peu de place à un épanouissement autonome du
jeune enfant cambodgien. Les enquêtes de terrain réalisées
par E&D en 1998-99 ont révélé qu'un réel
problème existait et prenait de l'ampleur au sein des familles.
" Les parents khmers considèrent qu'exprimer leur affection
à l'enfant peut représenter une menace à leur
autorité parentale. Elle place ces derniers en position de
faiblesse, donnant à l'enfant une arme pour mieux les manipuler.
A partir de 2 ans, les manifestations d'affection et de tendresse,
sont réprimées. " explique Ki Sampy, la Directrice
de l'Ong khmère Krousar Yoeung. Le manque de communication
entre les parents et les enfants est flagrant. Un enfant trop curieux
et actif fait l'objet de réprobation.
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L'histoire récente du Cambodge, qui a privé
de nombreux parents actuels de modèles parentaux ancestraux,
peut en partie expliquer cette détresse. Mais si les parents
se sentent souvent démunis dans leur rôle, c'est aussi
parce que la vie évolue au Cambodge et que les croyances et coutumes
ne sont plus adaptées au monde d'aujourd'hui (voir encadré).
Parce que les parents sont les premiers acteurs du développement
de leurs enfants, le programme d'Education Parentale est devenu depuis
juin 2002 un volet important de notre action en faveur de la Petite
Enfance. Il vise à valoriser le rôle des parents et à
renforcer leurs compétences éducatives afin qu'ils aient
davantage confiance en leurs capacités. L'épanouissement
des enfants devient alors possible, ce qui favorise petit à petit
la promotion des Droits de l'Enfant.
[
] « Autrefois,
les enfants suivaient tous nos conseils. Aujourdhui, il y
a les idées importées de lextérieur par
la télévision
» déplorent des grands-parents,
quand dautres rejettent la faute sur laccroissement
du savoir des plus jeunes. « Ils ont aujourdhui beaucoup
plus de connaissances. Ils nont guère peur de leurs
parents, ils les respectent rarement. »
Extraits de Cambodge Soir, du 13 septembre 2002. |
Dans les 23 villages aujourd'hui concernés
par le programme parental, des animations communautaires offrent chaque
mois aux parents l'opportunité de se rencontrer pour partager
leurs expériences, et leur permet de comprendre les enjeux de
l'éducation d'un enfant à travers des mises en situation.
Chaque groupe, composé de 10 à 20 familles chacun, est
pris en charge par un animateur formé par l'équipe de
Krousar Yoeung. Plus de 200 animateurs locaux ont répondu à
l'appel de l'association depuis le début du projet, permettant
ainsi d'informer environ 2600 familles.
Les séances d'éducation parentale
sont ainsi devenues de véritables forums de discussion, où
les habitants des villages aiment échanger leurs idées
et par là même prendre conscience de que représentent
les Droits de l'Enfant. L'existence de ces réunions régulières
contribue à les rassurer et à leur donner une nouvelle
vision de leur rôle de parents. Un programme, qui adapté
à notre contexte, trouverait aussi sa place en France auprès
de bien des parents dépassés par leur rôle.