CAMBODGE : Réinventer la relation parent-enfant
Bulletin n°75 - Septembre 2003


" Un bon enfant doit aider ses parents. Il ne riposte pas. Il sait écouter les conseils et demande toujours l'opinion de sa mère avant de faire quelque chose. " Ce commentaire d'un jeune couple résume bien l'état d'esprit général des parents au Cambodge, en ce qui concerne l'éducation : pour être aimé et accepté, l'enfant doit se conformer à ce que ses parents attendent de lui.


Les parents sont les premiers acteurs
du développement de leurs enfants.
Cette conception des relations parents/enfants laisse alors peu de place à un épanouissement autonome du jeune enfant cambodgien. Les enquêtes de terrain réalisées par E&D en 1998-99 ont révélé qu'un réel problème existait et prenait de l'ampleur au sein des familles. " Les parents khmers considèrent qu'exprimer leur affection à l'enfant peut représenter une menace à leur autorité parentale. Elle place ces derniers en position de faiblesse, donnant à l'enfant une arme pour mieux les manipuler. A partir de 2 ans, les manifestations d'affection et de tendresse, sont réprimées. " explique Ki Sampy, la Directrice de l'Ong khmère Krousar Yoeung. Le manque de communication entre les parents et les enfants est flagrant. Un enfant trop curieux et actif fait l'objet de réprobation.

L'histoire récente du Cambodge, qui a privé de nombreux parents actuels de modèles parentaux ancestraux, peut en partie expliquer cette détresse. Mais si les parents se sentent souvent démunis dans leur rôle, c'est aussi parce que la vie évolue au Cambodge et que les croyances et coutumes ne sont plus adaptées au monde d'aujourd'hui (voir encadré).

Parce que les parents sont les premiers acteurs du développement de leurs enfants, le programme d'Education Parentale est devenu depuis juin 2002 un volet important de notre action en faveur de la Petite Enfance. Il vise à valoriser le rôle des parents et à renforcer leurs compétences éducatives afin qu'ils aient davantage confiance en leurs capacités. L'épanouissement des enfants devient alors possible, ce qui favorise petit à petit la promotion des Droits de l'Enfant.

[…] « Autrefois, les enfants suivaient tous nos conseils. Aujourd’hui, il y a les idées importées de l’extérieur par la télévision… » déplorent des grands-parents, quand d’autres rejettent la faute sur l’accroissement du savoir des plus jeunes. « Ils ont aujourd’hui beaucoup plus de connaissances. Ils n’ont guère peur de leurs parents, ils les respectent rarement. »

Extraits de Cambodge Soir, du 13 septembre 2002.

Dans les 23 villages aujourd'hui concernés par le programme parental, des animations communautaires offrent chaque mois aux parents l'opportunité de se rencontrer pour partager leurs expériences, et leur permet de comprendre les enjeux de l'éducation d'un enfant à travers des mises en situation. Chaque groupe, composé de 10 à 20 familles chacun, est pris en charge par un animateur formé par l'équipe de Krousar Yoeung. Plus de 200 animateurs locaux ont répondu à l'appel de l'association depuis le début du projet, permettant ainsi d'informer environ 2600 familles.

Les séances d'éducation parentale sont ainsi devenues de véritables forums de discussion, où les habitants des villages aiment échanger leurs idées et par là même prendre conscience de que représentent les Droits de l'Enfant. L'existence de ces réunions régulières contribue à les rassurer et à leur donner une nouvelle vision de leur rôle de parents. Un programme, qui adapté à notre contexte, trouverait aussi sa place en France auprès de bien des parents dépassés par leur rôle.


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Sommaire du n°75

>Editorial
>Cambodge : réinventer la relation parent-enfant
>Cambodge : la série TV Krousar
>Népal : Le Népal, deux ans après…
> Brèves

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