Corinne Belkessa, éducatrice spécialisée
sur le projet Egarande (France) est en mission à Katmandou. Elle
nous livre ses impressions sur la situation des enfants des rues et
le travail accompli
par l'équipe de Voice of Children (VOC).
" Dès mon arrivée à l'aéroport de
Katmandou, je suis accueillie par des groupes d'adolescents qui mendient
quelques roupies. La traversée du centre ville me laisse apercevoir
des enfants et des adultes en haillons, d'une saleté extrême,
au milieu d'un flot de passantes revêtues du sari aux couleurs
éclatantes et de leurs compagnons vêtus à l'européenne.
Les jours qui suivent me permettent de rencontrer les différentes
équipes des quatre volets du projet VOC. Leurs explications sur
la situation des enfants des rues et leurs différentes actions
de prise en charge montrent à quel point la situation est dramatique,
et combien leur engagement personnel au sein de VOC est indispensable
pour sauver les enfants des dangers de la rue.
Tout d'abor, je constate une grande cohérence dans la conception
du projet:
Le centre d'écoute (" Bisaune ") permet aux enfants
de la rue de trouver un abri et une écoute pour la nuit, et à
l'équipe de VOC de repérer les enfants prêts à
intégrer une maison.
Les deux maisons (" home ") offrent aux enfants un cadre stabilisant,
une possibilité de scolarisation et, pour les plus grands en
situation d'échec scolaire, une formation professionnelle.
Lorsque la réintégration de l'enfant dans sa famille est
possible, un service de suivi est assuré par l'équipe
de VOC pendant plusieurs mois.
Enfin, la réalité du terrain me saute au visage, ou plutôt
au cur, quand j'accompagne les éducateurs de nuit dans
les rues du centre ville. Nous y rencontrons des groupes d'enfants qui
ramassent des sacs plastiques dans les poubelles afin de les revendre.
A quelques pas, un jeune, isolé, semble mal en point : il a inhalé
de la colle. A l'autre bout de la ville un groupe de très jeunes
dort sur le trottoir dans des sacs plastiques en guise de duvet
Je décide de passer une journée complète dans chacun
des " home " (maison) du lever au coucher des enfants afin
de les connaître un peu et d'échanger avec leurs éducateurs.
Quelle n'est pas ma surprise en constatant que 2 éducateurs seulement
prennent en charge 16 enfants. En fait, les enfants sont très
disciplinés et obéissants. La solidarité de la
rue reste présente au sein des maisons : les plus grands aident
les plus jeunes pour se laver, s'habiller ou encore pour leur travail
scolaire. Chacun participe à son niveau aux tâches collectives
de la maison. Les moyens dont elle dispose restent primaires, mais l'équipe
de Voice of Children fait de son mieux avec ce qu'elle a.
Je suis frappée aussi par la pauvreté des moyens thérapeutiques
disponibles : nombre d'enfants sont déstabilisés par leur
vécu dans la rue, la séparation avec leur famille et bien
souvent les abus sexuels dont ils ont été victimes. Ils
ont donc cruellement besoin d'un soutien psychologique sérieux,
outre l'accueil chaleureux que leur réserve les équipes
de VOC. Or celles-ci n'ont reçu aucune formation spécifique
pour prendre en charge ce type de difficultés puisqu'il n'existe
pas de psychologues au Népal. Heureusement, les éducateurs
de VOC ont pu bénéficier de plusieurs ateliers animés
par Chantal Rodier, psychologue d'E&D au Cambodge. Ces formations
leur ont été d'une aide précieuse et je peux constater
qu'ils ont bien assimilé les conseils. Il faudra poursuivre ces
efforts auxquels je joindrai les miens.
Au-delà de toute cette souffrance et des moyens limités,
les enfants sont heureux d'être accueillis dans les " home
". Ils ont une force de vivre sans mesure et une volonté
de s'en sortir.
Le nombre des enfants des rues ne fait qu'augmenter à Katmandou
: l'instabilité politique règne dans le pays et le flux
d'exode vers la capitale augmente chaque jour, entraînant un taux
de chômage de plus en plus élevé et donc une pauvreté
croissante. Beaucoup de travail attend les associations locales comme
Voice of Children, malgré leurs ressources humaines et matérielles
limitées "
Corinne Belkessa, éducatrice spécialisée