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EDUCATION SANITAIRE AU LAOS : Faire preuve d'imagination...
L'une des principales difficultés rencontrées
dans la mise en uvre du projet de Soins de Santé Primaires
mené dans la Province de Bokeo depuis 1999 est la communication
avec les minorités ethniques, bénéficiaires du programme.
La langue mais aussi les traditions et l'ensemble des pratiques et références
culturelles diffèrent considérablement de celles qui ont
cours officiellement au Laos. L'équipe d'Enfants&Développement
a dû faire preuve d'imagination pour contourner cet obstacle et
faire passer ses messages d'éducation à la santé.
Elle
n'écrit pas le lao, ne lit pas le lao, ne parle pas le lao, ne
comprend pas le lao
mais c'est sur elle que repose tous les espoirs
de développement durable, toutes les chances d'évolution
sanitaire
Elle ? C'est le modèle type des femmes des minorités
ethniques du Nord du Laos. Environ 99% d'entre elles sont analphabètes
donc inaccessibles à tout message en lao.
Comment, dans ces conditions, espérer
faire de l'éducation sanitaire ? L'équipe d'E&D
à Bokeo s'est vite rendu compte que pour de multiples raisons,
les ethnies des villages-cibles du projet de Soins de Santé
Primaires de la Province de Bokeo ne faisaient pas le lien avec le matériel
éducatif disponible qui mettait en scène les Lao des plaines.
Du vivant et du ressemblant
" Cette analyse nous a amenés à réaliser des
films dans la langue de quelques minorités, films tournés
dans leur niche écologique, au cur de leur habitat, avec
pour décor leur cadre quotidien, en respectant les traditions qui
fixent si fortement leur identité culturelle, point d'ancrage essentiel
d'une existence menacée
" explique Michel Allard, ancien
responsable du projet. Dans un premier temps, deux documentaires d'une
dizaine de minutes chacun, un sur le paludisme et un sur la diarrhée,
ont été tournés en Akkha et en Lahu par des professionnels
Un succès.
La projection dans tous les villages a dépassé
toutes les espérances.
"Alors qu'il était jusqu'alors difficile d'attirer les villageois
aux séances d'éducation, enfin nous avions une audience
qui avoisinait les 100%. Pour la première fois les populations
voyaient du cinéma
leur vie quotidienne sur l'écran,
dans leur langue, avec pour acteurs eux-mêmes. Par souci de rigueur,
nous avons fait des tests comparatifs avec des films sur d'autres sujets
:
Charlie Chaplin (pour éliminer la barrière linguistique,
le comique de situation se révélant universel), la vie des
bêtes (genre Safari au Kenya et/ou Microscosmos), du Kung Fu et
un film en lao. Même si le film de Kung Fu fut à chaque fois
un sérieux rival ( !) notre documentaire en langue vernaculaire,
bien que moins distrayant, remporta l'adhésion et la préférence
des spectateurs".
La
petite équipe E&D de Bokéo a tout de suite compris l'intérêt
d'une telle approche et s'y est mis en réalisant seule les films
grâce à une caméra numérique et un ordinateur
performant, et donc en faisant de sérieuses économies. Pendant
plusieurs mois, un nouveau scénario a été travaillé
avec les responsables locaux de la santé sur le thème de
la Protection Maternelle et Infantile. Une fiction de presque 2 heures
a ainsi été obtenue, truffée de messages éducatifs
sur les thèmes qui tournent autour de la grossesse, de l'accouchement,
de la naissance, de l'allaitement et du contrôle des naissances.
Le scénario est simple et met en scène deux familles: l'une
qui montre le bon exemple et l'autre pas, mais va s'améliorer
Trois versions, chacune dans une langue et un contexte différents,
ont été déjà tournées. Les films sont
ensuite dupliqués et diffusés sous forme de CD Video dans
tous les villages concernés.
Voilà un défi relevé avec un peu d'imagination
et
de technique. Nombreuses sont maintenant les ONG et organismes qui nous
réclament ces films.
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